Interview : Mariétou DJIBO N’ZI, présidente de la sélection football féminin de l'ASEC Mimosas "L’aventure de notre équipe montre que tout est possible"
À la tête de l'aventure historique des Mimos en Ligue des champions féminine, la présidente de la section, Mariétou DJIBO N’ZI revient sur un parcours exceptionnel, les défis relevés, l’ascension fulgurante de son équipe et les perspectives qui s’ouvrent désormais pour le football féminin à l’ASEC Mimosas.
C𝐨𝐦𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐯𝐢𝐯𝐞𝐳-𝐯𝐨𝐮𝐬 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐩𝐥𝐚𝐜𝐞 𝐝𝐞 𝐯𝐢𝐜𝐞-𝐜𝐡𝐚𝐦𝐩𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞 𝐝’𝐀𝐟𝐫𝐢𝐪𝐮𝐞, 𝐬𝐮𝐫𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐮𝐧𝐞 é𝐪𝐮𝐢𝐩𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐮𝐭𝐚𝐢𝐭 𝐬𝐚 𝐭𝐨𝐮𝐭𝐞 𝐩𝐫𝐞𝐦𝐢èr𝐞 𝐋𝐢𝐠𝐮𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐜𝐡𝐚𝐦𝐩𝐢𝐨𝐧𝐬 ?
Être vice-championnes d’Afrique pour une première participation à la Ligue des champions, c’est à la fois un immense honneur et une source de fierté profonde. Nous avons vécu cette aventure comme un défi audacieux, et nous en ressortons avec la conviction que notre projet est solide, crédible et porteur d’avenir.
Ce parcours, personne ne nous l’a offert. Il est le résultat d’une équipe qui a joué sans complexe, d’un staff qui a travaillé avec une rigueur exemplaire, et d’un club qui a toujours cru en la valeur de ses joueuses. Je vis cette place de vice-championnes non pas comme une finalité, mais comme un point de départ. Nous avons montré que même en étant novices dans la compétition, nous pouvions rivaliser avec les meilleures équipes du continent. Aujourd’hui, nous rentrons plus ambitieuses, plus expérimentées et encore plus déterminées à viser le titre.
𝐀𝐮 𝐝é𝐛𝐮𝐭 𝐝𝐮 𝐭𝐨𝐮𝐫𝐧𝐨𝐢, 𝐪𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞𝐬 é𝐭𝐚𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐯𝐨𝐬 𝐚𝐭𝐭𝐞𝐧𝐭𝐞𝐬 ? 𝐀 𝐪𝐮𝐞𝐥 𝐦𝐨𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐚𝐯𝐞𝐳-𝐯𝐨𝐮𝐬 𝐬𝐞𝐧𝐭𝐢 𝐪𝐮𝐞 𝐥’é𝐪𝐮𝐢𝐩𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐯𝐚𝐢𝐭 𝐫é𝐞𝐥𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐚𝐥𝐥𝐞𝐫 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐥𝐨𝐢𝐧, 𝐣𝐮𝐬𝐪𝐮’𝐞𝐧 𝐟𝐢𝐧𝐚𝐥𝐞 ?
Notre ambition était simple : avancer étape par étape et engranger de l’expérience. Mais tout a changé après notre premier match. En battant les championnes en titre du TP Mazembe avec une détermination remarquable, j’ai immédiatement senti que ce groupe était prêt à se surpasser.
Au-delà de la solidarité et de la cohésion déjà fortes au sein de l’équipe, j’ai perçu un fighting spirit encore plus prononcé. C’était un état d’esprit particulier, une force intérieure qui s’est totalement révélée lors du match face aux JKT Queens, où les filles ont tout simplement refusé la défaite. À partir de là, en voyant notre capacité à dominer nos matchs de groupes et à imposer notre style, j’ai compris que quelque chose de spécial était en train de se créer. Et c’est à ce moment précis que j’ai su que nous pouvions rêver bien plus grand.
𝐐𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐨𝐧𝐭 été le𝐬 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐠𝐫𝐚𝐧𝐝𝐞𝐬 𝐝𝐢𝐟𝐟𝐢𝐜𝐮𝐥𝐭és 𝐫𝐞𝐧𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫é𝐞𝐬 𝐩𝐞𝐧𝐝𝐚𝐧𝐭 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐜𝐚𝐦𝐩𝐚𝐠𝐧𝐞, 𝐞𝐧 𝐭𝐚𝐧𝐭 𝐪𝐮𝐞 𝐧𝐨𝐯𝐢𝐜𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐞́𝐭𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 ?
Notre plus grand défi a été d’apprendre extrêmement vite. S’adapter au rythme, à l’intensité et aux exigences tactiques d’une compétition de ce niveau. Il faut rappeler qu’aucune joueuse de notre groupe n’avait déjà participé à une phase finale de la Ligue des champions féminine de la CAF. C’était une découverte totale, aussi bien pour les joueuses que pour le staff et tout l’encadrement.
Nous avons dû rapidement prendre le pouls du tournoi, comprendre ses standards et nous ajuster à chaque détail. À cela s’ajoutaient la gestion de la pression, des déplacements et de tout ce que demande une compétition internationale de ce type. Mais finalement, chaque difficulté a renforcé notre cohésion, notre maturité et notre capacité à répondre présentes dans les moments clés. Cette expérience nous a fait grandir, individuellement et collectivement.
𝐐𝐮𝐞𝐥 𝐫ô𝐥𝐞 𝐚 𝐣𝐨𝐮é 𝐥𝐚 𝐝𝐢𝐫𝐞𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧, 𝐥𝐞 𝐜𝐥𝐮𝐛 𝐞𝐧 général 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐫é𝐮𝐬𝐬𝐢𝐭𝐞 ?
La grande famille de l’ASEC Mimosas, dans son ensemble, a joué un rôle essentiel dans cette réussite. La direction et tout le club ont été déterminants. Nous avons su créer un cadre stable, définir des objectifs clairs et offrir aux joueuses tout le soutien nécessaire, aussi bien sur le plan logistique que mental. Cette performance est le résultat d’un véritable travail collectif, où chaque membre du club, de près ou de loin, a contribué à porter l’équipe vers cette performance.
Je tiens d’ailleurs à rendre un hommage particulier au PCA, Me Roger OUEGNIN. Rien de tout cela n’aurait été possible sans lui. Il a cru en nous, il nous a soutenus, il nous a conseillés et, surtout, il a rêvé avec nous.
𝐓𝐫𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐞 𝐯𝐨𝐬 𝐣𝐨𝐮𝐞𝐮𝐬𝐞𝐬, 𝐇𝐚𝐛𝐢𝐛𝐨𝐮, 𝐀𝐦𝐢 𝐞𝐭 𝐍𝐨𝐮𝐫𝐚 𝐟𝐢𝐠𝐮𝐫𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥’𝐞́𝐪𝐮𝐢𝐩𝐞 𝐭𝐲𝐩𝐞 𝐝𝐮 𝐭𝐨𝐮𝐫𝐧𝐨𝐢. 𝐐𝐮𝐞 𝐫𝐞𝐩𝐫𝐞́𝐬𝐞𝐧𝐭𝐞 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐝𝐢𝐬𝐭𝐢𝐧𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐧 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐝𝐮 "𝐛𝐚𝐥𝐥𝐨𝐧 𝐝’𝐨𝐫" 𝐝𝐞 𝐇𝐚𝐛𝐢𝐛𝐨𝐮 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐜𝐥𝐮𝐛 ?
Cette distinction est une immense fierté pour le club. Voir Habibou OUÉDRAOGO, DIALLO Ami Prisca et DIARRA Noura figurer parmi les meilleures joueuses d’Afrique confirme la qualité de notre projet et la valeur du travail accompli par tout le groupe.
Le trophée de meilleure joueuse remporté par Habibou est également une récompense exceptionnelle. Au-delà de sa performance individuelle, il symbolise l’excellence collective. Il prouve que nos joueuses peuvent briller au plus haut niveau tout en portant les couleurs de l’ASEC Mimosas avec fierté.
Mais aucune de ces distinctions n’aurait été possible sans l’implication de toute l’équipe. Je tiens donc à rendre hommage à l’ensemble des 21 joueuses présentes lors de ce tournoi. À mes yeux, elles ont toutes été les meilleures.
𝐂𝐨𝐦𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐭𝐞𝐳-𝐯𝐨𝐮𝐬 𝐯𝐚𝐥𝐨𝐫𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐞𝐭 𝐩𝐫𝐨𝐭é𝐠𝐞𝐫 𝐜𝐞𝐬 𝐭𝐚𝐥𝐞𝐧𝐭𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐚𝐬𝐬𝐮𝐫𝐞𝐫 𝐥𝐚 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐢𝐧𝐮𝐢𝐭é 𝐝𝐮 𝐩𝐫𝐨𝐣𝐞𝐭 𝐬𝐩𝐨𝐫𝐭𝐢𝐟 ?
Depuis la relance de la section féminine, nous avons instauré un cadre solide et structuré pour soutenir la performance. Ce travail quotidien inclut le renforcement de l’encadrement sportif, l’amélioration constante des conditions de travail et la mise à disposition d’outils permettant aux joueuses de progresser, individuellement comme collectivement. Comme dans tout club de football, il y a des départs et des arrivées. Nous veillons toutefois à maintenir la stabilité du groupe tout en renforçant l’effectif, afin d’élever notre niveau de jeu et de garantir la continuité et la pérennité de notre projet sportif.
𝐀𝐩𝐫è𝐬 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐩𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐡𝐢𝐬𝐭𝐨𝐫𝐢𝐪𝐮𝐞, 𝐪𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐜𝐡𝐚𝐢𝐧𝐞𝐬 é𝐭𝐚𝐩𝐞𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥’é𝐪𝐮𝐢𝐩𝐞 ?
Cette performance historique nous confère une grande responsabilité. D’abord, nous devons remporter le championnat national et consolider notre leadership sur la scène locale. Ensuite, forts de l’expérience acquise lors de cette Ligue des champions féminine, nous viserons encore plus haut au niveau continental. Pour nous, cette finale n’est pas une conclusion, mais le point de départ d’une nouvelle ère
𝐂𝐨𝐦𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐬𝐨𝐮𝐡𝐚𝐢𝐭𝐞𝐳-𝐯𝐨𝐮𝐬 𝐜𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐥𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐬𝐮𝐫 𝐜𝐞 𝐬𝐮𝐜𝐜è𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐢𝐛𝐮𝐞𝐫 𝐚𝐮 𝐝é𝐯𝐞𝐥𝐨𝐩𝐩𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐮 𝐟𝐨𝐨𝐭𝐛𝐚𝐥𝐥 𝐟é𝐦𝐢𝐧𝐢𝐧, 𝐚𝐮 𝐬𝐞𝐢𝐧 𝐝𝐮 𝐜𝐥𝐮𝐛 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐚𝐮𝐬𝐬𝐢 𝐞𝐧 Côte d'Ivoire ?
Ce succès est une formidable opportunité pour impulser le développement du football féminin. Au sein du club, nous allons renforcer la formation, encourager les jeunes talents et professionnaliser chaque aspect de la section féminine. À l’échelle nationale, nous voulons être un exemple, inspirer d’autres clubs et contribuer à structurer un environnement où les filles peuvent rêver grand et progresser avec les meilleures conditions possibles.
𝐐𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐩𝐞𝐫𝐜𝐞𝐩𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐚𝐯𝐢𝐞𝐳-𝐯𝐨𝐮𝐬 𝐝𝐞𝐬 réa𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐀𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬, 𝐚𝐩𝐫ès 𝐯𝐨𝐬 𝐦𝐚𝐭𝐜𝐡𝐬, 𝐞𝐭 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐚𝐧𝐚𝐥𝐲𝐬𝐢𝐞𝐳-𝐯𝐨𝐮𝐬 ?
Les réactions des Actionnaires ont été extrêmement encourageantes et stimulantes. Nous avons ressenti leur fierté, leur soutien et leurs attentes élevées. Il faut rappeler qu’ils nous accompagnent à chacun de nos matchs de championnat et qu’ils ont été particulièrement nombreux à se déplacer à Yamoussoukro pour nous soutenir jusqu’à la victoire finale lors du Tournoi UFOA B, notamment le Mur Jaune. Leur présence et leur énergie nous ont véritablement boostées. Nous savons qu’ils auraient aimé être à nos côtés en Égypte.
Nous leur adressons un grand merci pour leur soutien et leur confiance. Nous ferons tout pour continuer à les rendre fiers, tant sur le terrain que dans le développement de notre section féminine.
𝐐𝐮𝐞𝐥 𝐚 été pour 𝐯𝐨𝐮𝐬, 𝐥𝐞 𝐦𝐨𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐟𝐨𝐫𝐭, 𝐥𝐞 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐦𝐚𝐫𝐪𝐮𝐚𝐧𝐭 𝐝𝐞 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐚𝐯𝐞𝐧𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐢𝐧𝐞𝐧𝐭𝐚𝐥𝐞 ?
Chaque moment de cette Ligue des champions a été intense et marquant. Chaque étape franchie avec courage et solidarité avait sa propre importance. Mais le plus mémorable restera le jour de la finale : voir mes joueuses, vêtues de l’emblématique tunique jaune et noir, mains dans la main, sortir du tunnel et fouler la pelouse de Suez Canal Stadium.
À cet instant, j’ai pris conscience que nous étions en train d’écrire l’histoire. Voir les filles donner le meilleur d’elles-mêmes, avec fierté et détermination, restera gravé à jamais dans ma mémoire.
𝐄𝐧𝐟𝐢𝐧, 𝐪𝐮𝐞𝐥 𝐦𝐞𝐬𝐬𝐚𝐠𝐞 𝐚𝐢𝐦𝐞𝐫𝐢𝐞𝐳-𝐯𝐨𝐮𝐬 𝐚𝐝𝐫𝐞𝐬𝐬𝐞𝐫 𝐚𝐮𝐱 𝐣𝐞𝐮𝐧𝐞𝐬 𝐟𝐢𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐪𝐮𝐢 𝐫êv𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞 𝐝𝐞𝐯𝐞𝐧𝐢𝐫 𝐟𝐨𝐨𝐭𝐛𝐚𝐥𝐥𝐞𝐮𝐬𝐞𝐬 𝐞𝐧 Côte d'Ivoire ?
À toutes les jeunes filles qui rêvent de football, je veux dire : croyez en vous, travaillez avec discipline et persévérez malgré les obstacles. Le talent seul ne suffit pas, mais la détermination, le courage et la passion peuvent vous mener très loin. L’aventure de notre équipe montre que tout est possible. Vous aussi, vous pouvez écrire votre propre histoire et inspirer toute une génération.
Avant de clore, je tiens à remercier mon époux, Désiré N’ZI, et mes proches qui m’accompagnent au quotidien dans ce projet. Je remercie également tous les sponsors, partenaires et amis de l’équipe féminine qui ont cru en cette jeune formation, aujourd’hui vice-championne d’Afrique. Cette réussite est aussi la leur, et nous continuerons à travailler pour honorer leur confiance.
ND avec ASEC MIMOSAS
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