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Interview Cissé Cheick Sallah, candidat à FITKD : « Le président Yacé m'a dit qu'il ne sera pas candidat »

Champion olympique de taekwondo, Cissé Cheick Sallah envisage de briguer la présidence de la Fédération ivoirienne de taekwondo (FITKD). Dans entretien au cours d'une émission sur NCI, il revient sur la crise de gouvernance qui secoue la discipline, les contestations autour des textes électoraux et les réformes qu’il juge nécessaires pour professionnaliser le taekwondo ivoirien.

Les candidatures à la présidence de la Fédération ivoirienne de taekwondo sont-elles déjà ouvertes ?

Pas encore. Nous attendons que la situation se clarifie. Un recours a été porté devant la World Taekwondo, l’instance mondiale de la discipline. Le ministère des Sports est également impliqué dans les démarches visant à ramener la paix au sein du taekwondo ivoirien. Depuis près de quatre ans, notre discipline traverse une crise qu’il faut résoudre avant d’organiser les élections.

Vous parlez d’une crise au sein de la Fédération. S’agit-il d’un problème de gouvernance ou d’une crise plus générale du taekwondo ivoirien ?

Il s’agit essentiellement d’une crise de gouvernance qui a conduit certains acteurs à entrer en dissidence. Il faut régler ces différends avant de pouvoir aller sereinement aux élections.

Le recours à la World Taekwondo laisse penser qu’il existe également un problème d’ordre juridique. Que reprochez-vous précisément à la gouvernance actuelle ? S’agit-il d’une mauvaise interprétation des textes ou de décisions qui auraient prolongé un mandat au-delà de sa durée normale ?

Une assemblée générale a été organisée, mais certains membres statutaires estiment qu’elle ne respecte pas toutes les règles de régularité. Ils ont donc saisi les instances compétentes. De mon côté, en tant que président de la commission des athlètes, je suis également concerné par certaines décisions qui touchent directement les sportifs.
Parmi les dispositions contestées figurent le relèvement de l’âge requis pour être candidat, passé de 35 à 40 ans, ainsi que les restrictions imposées aux athlètes souhaitant briguer la présidence. Il leur serait notamment impossible de se présenter sans avoir mis un terme à leur carrière sportive au moins un an auparavant.

Pensez-vous que ces dispositions ont été conçues pour vous écarter de la course à la présidence ?

Je ne dirais pas qu’elles ont été conçues uniquement pour m’écarter personnellement. Elles concernent l’ensemble des taekwondoïstes. Certains acteurs participent à la gouvernance de la Fédération alors qu’ils sont encore relativement jeunes, tandis que les nouvelles dispositions imposent des restrictions aux athlètes qui souhaitent accéder aux responsabilités. Il faut donc s’interroger sur la pertinence de ces règles et sur les raisons qui ont conduit à leur adoption.

Qui est à l’origine de ces modifications ? Le président sortant en tire-t-il avantage ?

Je ne souhaite pas personnaliser le débat. Ce qui compte, c’est que les textes soient équitables et permettent à tous ceux qui remplissent les conditions légitimes de participer à la vie de la Fédération.

Si l’on s’en tient aux textes actuellement en vigueur, vous ne pouvez donc pas être candidat. Pourtant, vous annoncez votre intention de briguer la présidence. N’y a-t-il pas une contradiction ?

La World Taekwondo a demandé qu’une assemblée générale extraordinaire soit organisée avant les élections. Elle considère notamment que la condition d’âge est discriminatoire et restrictive. Il faut donc que les recommandations formulées soient prises en compte et que les textes soient réexaminés. Au regard de cette situation, je pense que je serai candidat. Mais il ne s’agit pas d’une ambition personnelle. Je souhaite que les règles permettent à tous les acteurs légitimes de participer à la gouvernance de notre discipline.

Avez-vous bon espoir que votre recours aboutisse et que les dispositions contestées soient révisées ?

Je pense que nous devons suivre les recommandations de la World Taekwondo ainsi que celles du ministère des Sports. L’objectif est que chacun puisse se reconnaître dans la gouvernance de la Fédération. Il ne s’agit pas seulement de ma candidature, mais de garantir un cadre juste et inclusif pour l’ensemble des acteurs du taekwondo ivoirien.

Vous avez remporté plusieurs médailles sous la présidence actuelle. Certains pourraient donc s’étonner de vous voir vous présenter face à celui qui a accompagné une partie de votre parcours. Pourquoi cette décision ?

Il ne faut pas considérer ma démarche comme un affront au président sortant. J’ai déjà expliqué dans les médias que j’avais eu des échanges avec lui et que j’avais même contribué à convaincre la famille du taekwondo que certaines intentions de candidature n’étaient pas d’actualité. Ce n’est donc pas une situation nouvelle.
Le président était informé de la fin de ma carrière sportive, mais aussi de mon ambition de contribuer davantage à la gestion de notre discipline. Je veux poursuivre le travail engagé par nos prédécesseurs et apporter ma contribution à son développement.

Comment a-t-il réagi lorsque vous lui avez fait part de votre intention de vous présenter ?

Il n’y a pas eu de réaction particulière. Je lui ai fait part de mes intentions, mais je ne peux pas parler à sa place.

Vous dites vouloir poursuivre ce qui a été commencé. Cela signifie-t-il que vous estimez que le bilan du président sortant est positif ?

Pas nécessairement. Vouloir poursuivre le travail de nos prédécesseurs ne signifie pas que tout est parfait. Il y a des acquis à préserver, mais également de nombreuses insuffisances à corriger. Nous devons être capables de reconnaître les progrès accomplis tout en apportant les changements nécessaires.

Qu’est-ce qui doit être amélioré concrètement au sein de la Fédération ?

Il y a beaucoup de choses à améliorer. Je ne suis pas venu ici pour tirer à boulets rouges sur la Fédération ou sur des personnes. Mais certaines situations sont préoccupantes.
Par exemple, notre athlète Ossin Kimi a été sanctionné par la World Taekwondo et ne pourra pas participer au prochain Grand Prix prévu en 2027, selon les informations dont nous disposons, en raison d’une négligence administrative. D’autres athlètes, dont Ruth Gbagby, ont également subi les conséquences de difficultés qui auraient dû être évitées.

Ce sont des situations qui doivent nous interpeller. Lorsqu’un athlète travaille pendant des années pour atteindre le haut niveau, il est inacceptable que des défaillances administratives compromettent ses chances de participer aux grandes compétitions.

Ces difficultés suffisent-elles à justifier votre candidature ?

Absolument. Nous sommes engagés dans la course à la qualification pour les Jeux olympiques de 2028. Nos athlètes doivent pouvoir se préparer dans les meilleures conditions. Lorsqu'une sanction ou une erreur administrative compromet leur participation à une compétition internationale, cela peut avoir des conséquences sur leur parcours et leurs chances de qualification. Nous avons besoin d’une organisation plus efficace, capable d’anticiper les échéances, de protéger les intérêts des sportifs et de leur offrir un environnement favorable à la performance.

La Fédération compte de nombreux pratiquants à travers le pays. Combien d’adhérents représente aujourd’hui le taekwondo ivoirien ?

Les chiffres évoqués varient, mais nous comptons, selon les estimations dont je dispose, plus de 70 000 pratiquants, répartis sur l’ensemble du territoire national, avec plusieurs dizaines de ligues et de nombreuses structures locales. C’est un potentiel considérable. Il faut maintenant mieux communiquer auprès de ces pratiquants, renforcer les structures de base et créer les conditions d’un développement durable de notre discipline.

Comment comptez-vous faire passer votre message auprès de ces milliers de pratiquants ?

Je suis déjà très engagé dans le développement du sport, notamment à travers ma fondation et mes activités auprès du mouvement olympique. J’ai contribué à des initiatives de soutien aux structures sportives, notamment par des dons de matériel sportif dont la valeur annoncée s’élève à 100 millions de FCFA.

Ces initiatives visent notamment à permettre aux pratiquants de disposer de meilleures conditions d’entraînement. Mais il faut aller plus loin : le taekwondo ivoirien doit quitter le modèle du bénévolat et évoluer vers une véritable professionnalisation.

Pourquoi insistez-vous autant sur la professionnalisation ?

Parce que le taekwondo a démontré sa capacité à faire rayonner la Côte d’Ivoire. Sur les cinq médailles olympiques remportées par notre pays, quatre sont attribuées au taekwondo. C’est une contribution majeure au prestige sportif national.

Avec un tel potentiel et une communauté aussi importante de pratiquants, il est difficile de comprendre pourquoi notre discipline ne bénéficie pas d’un accompagnement plus conséquent du secteur privé.

Si nous voulons atteindre le très haut niveau, nous avons besoin de moyens financiers. Ces ressources ne peuvent pas provenir uniquement du ministère des Sports ou des maîtres de salle. Nous devons aller vers les entreprises, nouer des partenariats et convaincre les sponsors d’investir dans notre discipline.
Le sponsoring doit permettre de mieux accompagner les athlètes, d’améliorer les équipements, de renforcer la formation et de préparer les échéances internationales dans de meilleures conditions.

Être un grand champion fait-il nécessairement de vous un bon dirigeant ?

Pas forcément. Être un bon athlète ne suffit pas, à lui seul, pour être un bon dirigeant. Mais un parcours sportif de haut niveau permet d’acquérir des qualités importantes : la discipline, la persévérance, le sens de l’effort et la capacité à travailler en équipe. Pour ma part, je ne me suis pas contenté de ma carrière sportive. J’ai poursuivi ma formation et obtenu un MBA en stratégie et en management d’entreprise. J’ai également eu la chance d’évoluer au sein du mouvement olympique international, notamment auprès du Comité international olympique, qui constitue une référence majeure dans la gouvernance du sport mondial. Je bénéficie aussi d’un réseau de personnes expérimentées, notamment dans l’environnement du taekwondo international. Avec une équipe compétente et une vision claire, je pense pouvoir apporter une contribution significative à la gestion de notre Fédération.

En définitive, quel est le sens de votre démarche ?

Mon ambition est de contribuer à la modernisation du taekwondo ivoirien, de renforcer sa gouvernance, de mieux protéger les athlètes et de donner à notre discipline les moyens de ses ambitions. Nous devons préserver nos acquis, corriger nos insuffisances et construire un modèle plus professionnel, capable de soutenir durablement la performance sportive. Ma candidature s’inscrit dans cette volonté de faire avancer le taekwondo ivoirien.

Propos retranscrits par ND

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