Match de gala Yakro FC – OM : Pourquoi une partie du monde sportif ivoirien appelle au boycott
Le match de gala entre Yakro FC et l'Olympique de Marseille, organisé dans le cadre de la tournée estivale du club français en Côte d'Ivoire, continue de susciter une vive polémique. Si l'événement est présenté comme une vitrine de la destination « Sublime Côte d'Ivoire », une frange importante des acteurs du sport ivoirien dénonce un investissement jugé disproportionné au regard des besoins criants du football local.
Au cœur des débats figure le partenariat conclu entre le ministère du Tourisme et des Loisirs et le club marseillais, dont le montant est estimé à plus de 3,2 milliards de FCFA. Une somme qui alimente les critiques dans un contexte où de nombreux clubs nationaux peinent à assurer leur fonctionnement.
Un cachet dérisoire proposé à un club ivoirien
Selon plusieurs sources, l'ASEC Mimosas, actuellement en préparation de la nouvelle saison, aurait été sollicitée pour affronter l'OM. En contrepartie, le club jaune et noir se serait vu proposer un cachet d'environ 3 millions de FCFA, une offre qu'il aurait finalement déclinée. Ce contraste entre les milliards investis dans le partenariat avec Marseille et la faible rémunération proposée à un club ivoirien est perçu par plusieurs observateurs comme le symbole d'un déséquilibre dans la politique de promotion du sport national.
« Le football local mérite mieux »
Parmi les voix les plus critiques figure le journaliste et consultant sportif Sanh Séverin. Passionné de football, il affirme ne voir aucun intérêt concret dans cette rencontre pour le développement du football ivoirien. Selon lui, l'argent mobilisé pour ce type d'événement aurait un impact bien plus important s'il était investi directement dans les compétitions nationales. Il rappelle que de nombreux clubs évoluent avec des moyens limités, tandis que certaines équipes féminines manquent encore d'équipements de première nécessité. À ses yeux, ces opérations de communication profitent davantage aux clubs étrangers qu'au football ivoirien.
La proposition d'un « Sublime week-end de foot »
Plutôt que d'organiser un match de prestige ponctuel, Sanh Séverin propose la création d'un concept baptisé « Sublime week-end de foot ».
L'idée consisterait à associer, chaque week-end de championnat, une ville de Côte d'Ivoire à une grande opération de promotion touristique. Autour d'un match de Ligue 1, Ligue 2, Division 3 ou même du championnat régional, Côte d'Ivoire Tourisme mettrait en place des animations, des concerts, des villages d'exposition et des actions de réhabilitation d'infrastructures sportives locales. Une telle initiative permettrait, selon lui, de promouvoir les richesses touristiques des régions tout en soutenant durablement les clubs, les collectivités et les jeunes talents.
Le débat sur les priorités reste ouvert
Au-delà du cas de l'Olympique de Marseille, cette polémique relance le débat sur l'utilisation des financements publics dans le sport. Faut-il privilégier les partenariats avec des clubs internationaux afin de renforcer l'image de la Côte d'Ivoire à l'étranger ou investir prioritairement dans le développement du football local ?
Pour les partisans d'un rééquilibrage, la réponse est claire : les clubs ivoiriens, confrontés à des difficultés structurelles, devraient être les premiers bénéficiaires des investissements liés à la diplomatie sportive. Si le match de gala promet d'attirer un public nombreux, il met également en lumière une question de fond qui dépasse largement le cadre de cette rencontre : comment concilier rayonnement international et développement durable du sport ivoirien ?
Noah Djédjé
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