
Développement de l'athlétisme en Côte d'Ivoire : Le cri du cœur du directeur technique national, Poda Sié
Directeur technique national à la Fédération ivoirienne d’athlétisme (FIA), Poda Siéa piloté les inter-clubs zone C le 1er mars 2025 au stade d’Abengourou. À l’issue de cette compétition, il s’est exprimé sur l’exploit retentissant du Djuablin Athletic Club d’Agnibilékrou (DACA), mais surtout sur les difficultés majeures qui freinent le développement de l’athlétisme en Côte d’Ivoire.
Un retour prometteur mais un manque de moyens criant
Selon Poda Sié, cette édition des inter-clubs a révéléun réveil sportif prometteur dans la région du Zanzan. Bondoukou, autrefois un bastion de l’athlétisme ivoirien, commence à regagner son dynamisme, tandis qu’Agnibilékrou s’impose comme un centre de performance. Cependant, la situation à Abengourou est plus préoccupante, avec un niveau qui semble en baisse.
Le DACA d’Agnibilékrou a marqué cette édition par son excellente performance, témoignant dupotentiel latent dans cette région. "Les enfants de cette zone ont montré de belles choses. Ce résultat confirme que nous avions vu juste en les observant par le passé", explique-t-il. Pourtant, malgré ce talent brut, les infrastructures et les moyens font cruellement défaut.
Des infrastructures inadéquates et un manque d’investissements
L’un des défis majeurs reste l’absence de pistes d’athlétisme adaptées. "Quand les jeunes s’entraînent, mais qu’ils n’ont pas de piste pour se mesurer en compétition, cela devient un véritable problème", regrette Poda Sié. La remise à niveau du stade d’Agnibilékrou est une priorité pour lui. Un projet de détection des talents devait s’y tenir, mais a dû être reporté faute de conditions techniques adéquates.
Au-delà d’Agnibilékrou, le manque d’infrastructures est un problème récurrent en Côte d’Ivoire. De nombreuses régions ne disposent pas de stades appropriés, contraignant les athlètes às’entraîner dans des conditions précaires. Cette situation limite non seulementleur progression, mais aussila découverte de nouveaux talentsqui pourraient représenter le pays à l’international.
Un soutien institutionnel encore insuffisant
Poda Sié reconnaît les efforts de certaines institutions, notamment l’Office National des Sports (ONS) et la Ligue Régionale de Football, qui ont facilité l’organisation de cette compétition malgré les contraintes du calendrier. Cependant, il lance un appel pressant aux autorités locales et nationalespour uninvestissement accrudans l’athlétisme. "Nous avons vu l’impact des actions de motivation sur les jeunes talents. Lorsque nous avons organisé un tournoi impliquant Abengourou, Agnibilékrou et Bondoukou, l’engouement était énorme. Aujourd’hui, plusieurs de ces jeunes ont intégré l’équipe nationale. Cela prouve que lorsqu’on met les moyens,les talents émergent naturellement", insiste-t-il.
Quelle vision pour l’avenir ?
La Côte d’Ivoire a prouvé qu’elle pouvait briller sur la scène internationale avec des athlètes de renom. Mais pour assurer une relève durable, il est crucial de décentraliser le développement de l’athlétisme et d’apporter un soutien effectif aux régions qui en ont besoin.
"Nous devons aller vers un plan structuré, incluant des infrastructures adaptées, des formations pour les entraîneurs, et une meilleure prise en charge des athlètes dès leur jeune âge", conclut Poda Sié.
Le 8 mars, la zone B accueillera les inter-clubs à Bouaké, une nouvelle occasion de mesurer l’état de l’athlétisme ivoirien. Mais sans une véritable volonté politique et financière, ces efforts risquent de rester vains. L’athlétisme ivoirien a du potentiel, encore faut-il lui donner les moyens de l’exploiter pleinement.
Noah Djédjé
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